février 20, 2026 à 13:00
Alors que nous continuons de célébrer le Mois de l’histoire des Noirs et le militantisme syndical, nous mettons en lumière l’un des défenseurs des droits de la personne et du syndicalisme les plus influents du Canada : Bromley Lloyd Armstrong.
Né le 9 février 1926 à Kingston, en Jamaïque, et décédé le 17 août 2018 à Toronto, en Ontario, le travail de ce syndicaliste, organisateur communautaire et militant noir a contribué à transformer la protection des droits de la personne au Canada. Il a joué un rôle fondamental dans les premières campagnes de lutte contre la discrimination en Ontario, des efforts qui ont mené à l’adoption des premières lois anti-discrimination au Canada.
Se décrivant lui-même comme un allié « jusqu’aux tripes » des travailleurs pauvres, il a démontré tout au long de sa vie son engagement envers le mouvement syndical et la lutte contre les inégalités et la discrimination. Pendant plus de six décennies, il a œuvré pour obtenir le soutien du public et du gouvernement en faveur de l’égalité raciale et milité pour des réformes des droits de la personne dans les politiques publiques.
Après avoir immigré au Canada, Bromley Armstrong a d’abord eu du mal à trouver du travail en raison de la discrimination raciale qui régnait. Il a finalement été embauché à Massey-Harris (plus tard Massey Ferguson), un fabricant d’équipement agricole. Déterminé à devenir soudeur comme son père, il s’est inscrit à la Chicago Vocational Training School (école de formation professionnelle de Chicago), où il suivait des cours le jour tout en travaillant la nuit à Massey-Harris. Il est devenu membre de la section locale 439 des Travailleurs unis de l’automobile et s’est rapidement imposé comme un leader du mouvement syndical canadien, occupant un poste de délégué syndical et militant en faveur de l’amélioration des conditions de travail des travailleurs industriels.
Bromley est sans doute surtout connu pour son rôle historique dans l’affaire Dresden et les actes de résistance contre la discrimination en matière de logement à Toronto dans les années 1950 et 1960.
L’affaire Dresden
Dans les années 1950, le racisme au Canada ne faisait pas officiellement l’objet d’une législation comme dans certaines régions des États-Unis, mais son caractère non officiel le rendait souvent tout aussi omniprésent, et plus difficile à combattre. Cette réalité a sombrement été mise au jour à Dresden, en Ontario, une petite ville près de la frontière américaine.
Dresden avait autrefois été un symbole de liberté. Au XIXe siècle, la ville accueillait la cabine de l’oncle Tom (Uncle Tom’s Cabin) et le terminus du chemin de fer clandestin qui amenait au Canada d’anciens esclaves noirs. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les résidents noirs représentaient près de 20 % de la population de Dresden. Pourtant, bon nombre de restaurants et de salons de coiffure refusaient ouvertement de les servir.
Depuis 1948, la National Unity Association de Chatham, de Dresden et de North Buxton luttait contre la discrimination raciale. Ses efforts ont contribué à l’adoption de lois historiques en Ontario, notamment la Fair Employment Practices Act (loi sur les pratiques équitables en matière d’emploi) (1951) et la Fair Accommodation Practices Act (loi sur les pratiques équitables en matière de logement) (1954). Cependant, la discrimination a persisté à Dresden malgré ces lois.
Bromley a participé à des « grèves d’occupation » organisées dans les restaurants de Dresden qui refusaient de servir les clients noirs. Ces actions soigneusement planifiées, organisées par le comité paritaire de lutte contre l’intolérance raciale, basé à Toronto, en partenariat avec la National Unity Association, ont été menées devant les médias invités et sont devenues un puissant outil de résistance. Il est à noter que ces grèves d’occupation ont précédé des actions similaires aux États-Unis.
En octobre 1954, il s’est rendu à Dresden pour soutenir le recruteur local Hugh Burnett, charpentier et leader dans la lutte contre la discrimination raciale. Aux côtés de Ruth Lor Malloy, Canadienne d’origine chinoise et secrétaire du mouvement chrétien étudiant de l’Université de Toronto, il a accompagné Hugh au Kay’s Café, où ils se sont vu refuser le service, comme ils s’y attendaient.
Ses actions ont permis de dénoncer le racisme systémique et directement contribué à un changement durable, notamment la création de la Commission ontarienne des droits de la personne en 1961, la première organisation de ce type au Canada et l’une des premières commissions des droits de la personne au monde.
L’héritage de Bromley nous rappelle que les droits que nous défendons aujourd’hui ont été acquis grâce au courage, à l’action collective et à un engagement indéfectible en faveur de la justice. Sa conviction voulant que les travailleurs, en particulier les travailleurs racialisés et marginalisés, aient le pouvoir de lutter contre la discrimination correspond parfaitement à la mission du Comité des travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et de couleur de la section locale 2002. Alors que nous continuons de nous mobiliser, de défendre nos droits et de renforcer la solidarité au sein de notre syndicat et de nos communautés, nous suivons la voie tracée par Bromley Armstrong en luttant contre les inégalités partout où elles existent et en exigeant la dignité, l’équité et le respect pour tous les travailleurs et travailleuses. Son travail nous invite à ne pas oublier l’histoire.
Vous connaissez une ou un syndicaliste engagé que nous devrions mettre en lumière? Communiquez avec moi par courriel à l’adresse [email protected]. C’est en partageant nos histoires que nous grandissons en tant que syndicat.
Yolanda Cornwall
Présidente du Comité des travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et de couleur
Message publié par le comité BIWOC 2002 de la section locale 2002 d'Unifor
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26-02-20 Black History Month - Editorial by Yolanda Cornwall FR